Un petit tas de grains noirs sous une poutre du grenier, une odeur légèrement musquée au retour de l’été. Les chauves-souris sont des locataires discrets et leurs déjections sont souvent le seul indice de leur présence. Savoir les identifier permet de réagir au bon moment, sans confondre leur passage avec une invasion de rongeurs.
À quoi ressemblent les crottes de chauve-souris ?
Les crottes de chauve-souris ont l’aspect de petits grains de riz noirs ou brun foncé, allongés et légèrement irréguliers. Elles sont composées presque exclusivement de restes d’insectes mal digérés, ce qui leur donne une texture sèche et très friable.
Écrasées entre deux doigts gantés, elles se réduisent immédiatement en une poudre sombre parsemée de petits éclats brillants, ce sont des fragments d’ailes et de carapaces riches en chitine. Les chauves-souris se suspendent au même endroit jour après jour, si bien que leurs déjections forment des amas localisés sous les perchoirs, parfois collés le long des murs ou des poutres.
Voici les repères les plus fiables pour les identifier :
- Une crotte mesure généralement entre 4 et 8 mm de long pour 1 à 2 mm de diamètre, selon l’espèce.
- La pipistrelle commune, l’espèce la plus répandue dans les maisons françaises, produit des crottes d’environ 5 à 7 mm.
- Une petite colonie de 20 à 50 individus peut laisser plusieurs centaines de crottes en une seule nuit d’été.
- Les amas se forment surtout entre mai et septembre, période où les femelles se regroupent pour mettre bas.
- Une crotte de chauve-souris se désagrège sous une pression légère, alors qu’une crotte de souris résiste.
On les trouve le plus souvent dans les combles, sous les tuiles, derrière les volets roulants ou au pied des bardages, loin des pièces de vie où d’autres indésirables, comme les vers blancs dans la cuisine, signalent plutôt des mouches attirées par la nourriture. Des traces brunâtres autour d’une fente, à l’extérieur, signalent aussi un point d’entrée utilisé chaque soir par la colonie.
Guano, souris ou lézard, comment faire la différence ?
Dans une maison ancienne, un tas d’excréments dans les combles fait souvent penser à des souris. La confusion est fréquente, car les deux types de déjections ont une taille et une couleur proches. Le test de l’écrasement reste le plus simple, les excréments de rongeurs sont durs, lisses et aux extrémités pointues, tandis que le guano s’effrite sans effort.
La répartition des traces apporte un second indice. Les souris et les rats déposent leurs crottes un peu partout sur leur trajet, le long des plinthes, dans les placards ou près des sources de nourriture. Les lézards laissent quant à eux des déjections isolées, reconnaissables à leur petite pointe blanche. Chez les chauves-souris, tout se concentre à l’aplomb d’un point de repos, souvent en hauteur.
Pour lever le doute, vous pouvez aussi observer le bâtiment à la tombée de la nuit, entre 20 et 30 minutes après le coucher du soleil. C’est le moment où les chauves-souris quittent leur gîte pour chasser et leur sortie par une fissure ou un bord de toiture confirme le diagnostic.

Quels risques sanitaires pour la maison et ses occupants ?
Quelques crottes isolées ne présentent pas de danger particulier. Le problème apparaît avec les accumulations anciennes, dans des combles mal ventilés où le guano se dessèche et se transforme en poussière. Le principal risque associé est l’histoplasmose, une infection respiratoire due à un champignon microscopique qui se développe dans les déjections accumulées.
Elle reste rare en France métropolitaine et concerne surtout les régions tropicales, mais les personnes immunodéprimées, âgées ou asthmatiques ont tout intérêt à ne pas s’exposer à ces poussières. Les chauves-souris elles-mêmes peuvent porter des lyssavirus, cousins du virus de la rage, transmissibles uniquement par morsure ou griffure.
L’urine et le guano, chargés en ammoniac, finissent par tacher les plafonds, dégrader les laines isolantes et corroder certaines pièces métalliques. Une odeur persistante dans les pièces situées sous les combles est souvent le premier signal d’un dépôt important.
Nettoyer le guano en toute sécurité
Avant toute intervention, vérifiez que les animaux sont partis. Toutes les espèces de chauves-souris présentes en France sont protégées par la loi, et la destruction ou le dérangement d’une colonie est passible de sanctions. Les meilleures fenêtres se situent en septembre-octobre, après le départ des colonies de mise bas, ou en mars, avant leur retour.
Côté équipement, prévoyez un masque filtrant FFP3, des gants étanches, des lunettes et une combinaison jetable. Vaporisez ensuite le guano avec de l’eau légèrement javellisée afin de l’humidifier, cette étape empêche la poussière de s’envoler pendant le ramassage.
Évitez l’aspirateur domestique classique, qui disperse les particules fines dans l’air, et préférez une pelle, une balayette et des sacs hermétiques ou un aspirateur équipé d’un filtre HEPA. Une fois les déjections retirées, désinfectez les surfaces avec la même solution diluée, puis aérez longuement.

Éviter le retour des colonies sans leur nuire
Une fois le grenier nettoyé et vide, l’étanchéité du bâti devient la priorité. Colmatez les fissures, les jours sous les tuiles et les interstices autour des rives de toit avec des matériaux durables comme le mortier ou le grillage fin. Une chauve-souris peut se faufiler dans une fente de 1,5 cm à peine, d’où l’intérêt d’une inspection minutieuse.
Si des individus sont encore présents, un obturateur à sens unique posé à l’automne leur permet de sortir sans pouvoir revenir. Les associations spécialisées, comme le réseau SOS Chauves-souris animé par la SFEPM, conseillent gratuitement les particuliers sur ces opérations.
